Le secteur des fruits et légumes au Maroc : état des lieux et perspectives

Avril 2011

Le secteur des fruits et légumes marocain concerne plusieurs variétés. Cependant, ses principaux sous-secteurs sont : les cultures maraîchères, les agrumes, l’olivier, les rosacées, la vigne et le palmier dattier. De part les emplois et les revenus qu’ils procurent, les surfaces qu’ils occupent, leur contribution à la production et leur participation aux échanges extérieurs et aux modèles de consommation, on distingue quatre filières phares du secteur des fruits et légumes au Maroc : les cultures maraîchères, les agrumes, l’olivier et, de plus en plus, les petits fruits rouges…

Identifié dans le plan émergence comme l’un des axes majeurs de développement de l’agroalimentaire marocain, le secteur des fruits et légumes fait l’objet d’un développement intensif dans les programmes du Plan Maroc Vert, aussi bien pour les produits frais que transformés. La croissance des systèmes arboricoles et maraîchers au Maroc a une explication écologique, historique et économique. Sur le plan écologique, de nombreuses espèces (olivier, vigne ou agrumes) sont adaptées aux conditions naturelles du pays. Historiquement, la densité de la population agricole, le caractère familial des exploitations et les petites dimensions des parcelles conduisent à une intensification de la production. Enfin, sur le plan économique, les fruits et légumes permettent de mieux rentabiliser les terres agricole, par rapport aux céréales ou à l’élevage, et assurent un meilleur emploi et une bonne valorisation de la capacité de travail. Par ailleurs, le secteur des fruits et légumes occupe près de 16 % de la surface agricole utile (SAU) nationale, avec une superficie de près de 1.300.000 ha, dont 1.060.000 ha de plantations fruitières et 260.000 ha de cultures maraîchères. Aussi, la production globale moyenne du secteur, pour la compagne 2006-2007, a atteint près de 9 millions de tonnes, dont près de 3 millions de tonnes de fruits et plus de 6 millions de tonnes de légumes.

Production Nationale des Fruits et Légumes en 2006-2007 (en million de tonnes) JPEG - 40.7 ko

Source : l’Association Marocaine des Producteurs Exportateurs de Fruits et Légumes (APEFEL)

Les cultures maraîchères : un patrimoine à préserver !

La culture maraîchère, ou culture légumière, est une branche de l’horticulture ayant pour but la production de légumes et de plantes condimentaires.

La filière maraîchère occupe une superficie moyenne de 260.000 ha et assure actuellement une production moyenne de 6,74 millions de tonnes. Cette filière est regroupée en 3 sous filières :

• les cultures maraîchères de saison : cultivées, essentiellement, en plein champ ;

• les primeurs : qui couvrent une superficie moyenne de 27.000 ha dont 15.200 ha sous abris serre ;

• et les cultures maraîchères destinées à l’agro-industrie.

« Il existe différentes familles de légumes. Selon l’organe végétal récolté, on parle de légumes-racines (carotte, betterave…), légumes-fruits (tomate, fraise, poivron…) légumes-feuilles (salade, chou…), légumes gousses (haricots, fèves…), légumes tubercules (pomme de terre, patate douce…) ou légumes bulbes (ail, oignon…). »

Les cultures de primeurs (hors saison) constituent l’un des piliers de cette filière. Avec une superficie moyenne de 30.000 ha, les primeurs assurent une production totale de près de 1.500.000 tonnes de fruits et légumes, dont 580.000 tonnes exportées à 96% vers les pays de l’Union Européenne. La tomate représente 61% du total exporté des produits maraîchers, suivi par différents produits tels les haricots verts, la courgette, le poivron la fraise et le melon. Cette filière génère un total d’environ 60 millions de journées de travail, dont 50 millions au niveau de la production et 10 millions au niveau du conditionnement et d’autres activités liées au secteur, soit l’équivalent d’un total de 200.000 emplois permanents. La filière maraîchère des primeurs fraîches à l’export est, essentiellement, développée par de grands groupes privés structurés ou dans le cadre d’agrégations (Organisation des agriculteurs autour d’acteurs privés ou d’organisations professionnelles à fortes capacités managériales). Néanmoins, cette filière est, actuellement, fortement limité par les quotas imposés par l’union européenne. Sur le plan national, les produits maraîchers frais ont connu des niveaux de consommation satisfaisants. Ce sont, en majorité, des cultures maraîchères de saison, peu diversifiées, cultivées en plein champ. Elles souffrent de conditions défavorables de valorisation, de structuration du marché et de rapport qualité/prix. Dans le cadre du plan "Maroc Vert", les filières maraîchages et cultures fruitières, considérées comme moteurs de croissance agricole du Maroc, jouissent d’un intérêt particulier. En effet, le pays est orienté vers le développement de la qualité des produits frais et le ciblage des variétés, de la saison et de la géographie. Le plan "Maroc Vert" préconise, parallèlement, le développement intensif de la filière transformation par la promotion de la qualité globale du produit et la recherche de débouchés sûrs pour les produits de la transformation. Il est à noter que la filière connait, actuellement, une forte concentration des produits à haute valeur ajoutée (100% export) essentiellement dans le Souss. Cette focalisation expose la région à un risque lié à la baisse des ressources hydriques à cause du problème de la salinité du sol comme ce fut le cas dans la région de Doukkala/Abda.

Les agrumes face aux contraintes internes et externes…

La filière des agrumes a un impact socio-économique important. Elle génère près de 3 Milliards de dirhams par an de devises et procure 21 millions de journées de travail (avec 90.000 emplois et 1,3 Milliard de dirhams de masse salariale globale). Les agrumes assurent l’approvisionnement et le maintien en activité des industries de conditionnement et de transformation. La culture des agrumes couvre une superficie totale de 85.000 ha et leur production totale, au cours de ces dernières campagnes, varie entre 1,3 et 1,7 millions de tonnes dont 59% d’oranges. Les exportations en agrumes tournent autour de 600.000 tonnes, dont 53% vers la Russie, 23% vers les pays de l’Union Européenne, 13% vers le Canada et 11% vers les pays scandinaves et les Etas Unis. Les grandes zones de production des agrumes sont le Souss-Massa avec environ 40,5% de la superficie agrumicole totale, le Gharb avec 19,8%, le Moulouya avec 16,8%, le Tadla avec 14,1%, le Haouz avec 7,3% et le loukkos avec 1,6%. En terme de superficie, les grandes exploitations, ayant une taille supérieur à 10 ha, détiennent 72,1% de la superficie agrumicole globale et représentent près de 11,3% des exploitations. Par contre, 67,2% des exploitations ont une taille inférieure à 3 ha et représentent 10,8% de la superficie agrumicole totale. La structure variétale des agrumes au Maroc est, essentiellement, composée de trois grandes variétés : les Navels, les Valencia Late et les Clémentines. Il existe, également, d’autres mutations spontanées, sélectionnées pour des caractères spécifiques qui apportent un progrès sensible au niveau de la qualité ou du rendement. Le développement du secteur des agrumes est, actuellement, limité par plusieurs facteurs, dont le vieillissement des plantations et l’usage du bigaradier comme porte greffe unique pour l’ensemble du verger agrumicole marocain. En effet, la part des plantations en début de vieillissement (âge supérieur à 35 ans) s’élève à 24% de la superficie nationale. En outre, plus de 95% des plantations d’agrumes sont greffées sur le bigaradier. Or, cet arbre est le porte greffe le plus sensible au Citrus Tristeza Virus (CTV), agent pathogène responsable de la maladie de la tristeza des agrumes, véhiculé essentiellement par le puceron « Toxoptera citricida ». Cette maladie constitue un danger potentiel de destruction des plantations d’agrumes marocaines.

«  Le CTV est derrière …

• 70 millions d’arbres d’agrumes, greffés sur bigaradier, ravagés dans le monde ;

• 21 millions d’arbres en Espagne ;

• La vitesse d’avancement de la population de Toxoptera citricida est estimée à 300 km par an.

• Le Toxoptera citricida a été déclaré présent en Espagne et au Portugal en 2005.

… « Historiquement, lorsque Toxoptera citricida est introduit dans un pays, les agrumes greffés sur bigaradier quittent définitivement ce pays » C.N. Roistacher »

La production des agrumes affichent des tendances à la hausse, alors que leurs exportations ont tendance à diminuer à cause de plusieurs handicaps réglementaires, concurrentiels et techniques. Se sont des raisons parmi plusieurs qui ont incité le Ministère de l’Agriculture, du Développement Rural et des Pêches Maritimes à élaborer, en collaboration avec la profession, un Plan d’Action Agrumicole visant à relancer le secteur.

L’olivier : toujours et encore !

L’olivier constitue le principal arbre fruitier cultivé au Maroc. Il occupe, actuellement, une superficie de 680 000 ha, répartis en zone irriguée, en zone de montagne et en zone bour favorable. L’olivier est capable de s’adapter à tous les étages bioclimatiques. Il est, également, présent sur tout le territoire national, à l’exception de la bande côtière atlantique. Le patrimoine oléicole marocain est constitué à 96% de la variété "picholine marocaine", utilisée pour une double fin : huile et conserve. Le secteur oléicole permet d’assurer une activité agricole intense qui génère plus de 15 Millions de journées de travail par an. Selon les estimations de la campagne 2009-2010, la production oléicole a atteint 1.500.000 tonnes, soit une production en hausse de 76% par rapport à la dernière campagne et de 102% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Ce taux permettrait la production de 160.000 tonnes d’huile d’olive et 90.000 tonnes d’olive de table. L’olivier bénéficie, dans le cadre du plan Maroc vert, d’un appui axé sur l’amélioration des conditions cadres de la filière oléicole, la valorisation de la production et la promotion de sa qualité. L’ambition nationale est d’atteindre 1.220.000 ha à l’horizon de l’année 2020. Le secteur de transformation des olives contribue à hauteur de 16 % dans la satisfaction du besoin national en matière d’huiles alimentaires. Le Maroc est, également, le 2ème exportateur mondial des olives de table, après l’Espagne.

Les petits fruits au Maroc, un secteur en évolution…

Les « Petits Fruits » englobent, communément, plusieurs espèces d’arbustes fruitiers dont les principales sont : le framboisier, le mûrier, le myrtillier, le cassissier et le groseillier. Ils ont, pratiquement, les mêmes exigences climatiques, pédologiques et nutritionnelles que le fraisier.

Grâce à son emplacement géographique, à ses conditions agricoles et climatiques favorables et à la disponibilité de la main d’œuvre, le Maroc dispose d’un avantage pour la production de petits fruits rouges d’hiver destinés aux marchés de l’Union Européenne. Les prix des petits fruits sont parmi les plus élevés sur le marché mondial des fruits et légumes. Ainsi, l’introduction de nouvelles espèces de petits fruits dans les régions productrices de fraises permettrait aux producteurs de diversifier leurs offres sur le marché européen et de profiter des bons prix offerts pendant la saison hivernale. Au Maroc, les producteurs du Loukkous ont introduit, au début des années 2000, des variétés de framboisier à fort besoin en froid. Or, la région du Loukkous ne dispose pas du froid nécessaire pour répondre aux exigences de ces variétés. C’est pour cela qu’à partir de 2004 certains horticulteurs, installés dans le périmètre du Loukkous, ont introduit les premières variétés de petits fruits à faible besoin en froid et qui offrent plus de chance d’adaptation aux conditions climatiques de la région. La transformation des petits fruits, que ce soit sous forme fraîche ou avec valeur ajoutée notamment surgelées, exige les mêmes équipements et logistiques que celle de la fraise. C’est pour cela que les experts du secteur estiment qu’ils peuvent devenir des produits majeurs d’exportation à partir du Maroc et générer de grandes opportunités d’emploi pour la population rurale.

La transformation des fruits et légumes : une valorisation qui peine à décoller !

L’industrie des fruits et légumes est dominée par l’activité de conservation des légumes et des fruits, suivie par les jus et les préparations à base de tomates. L’activité de conservation des légumes est la plus importante en termes de valeur ajoutée et d’exportations. Elle comprend, notamment, la conserve des olives, des cornichons et des câpres. L’activité de conservation des fruits vient en seconde position, en termes de valeur ajoutée et d’exportation. Elle concerne principalement les conserves d’abricots. Le secteur des fruits et légumes transformés souffre de plusieurs contraintes qui se situent aussi bien en amont, au niveau des caractéristiques de la production agricole destinée à l’industrie, qu’en aval, au niveau des unités de transformation. En effet, la production destinée aux industries de transformation est en baisse à cause du secteur qui est faiblement modernisé, d’une offre faiblement diversifiée, d’une structure fortement morcelée (90% des exploitations de 0,5 à 5 ha) et des zones de production éloignées des unités de transformation. L’industrie de transformation se heurte, par conséquent, à une indisponibilité de la matière première, à l’utilisation d’un matériel végétal peu performant et pas toujours adapté à la transformation industrielle (rendements, qualité,…) et à la faible diffusion des progrès techniques. Les coûts du transport, de l’emballage et de l’énergie sont également élevés et la recherche dans le secteur agroalimentaire reste très limitée. Ainsi, les entreprises exportatrices offrent, suite à ces contraintes, une faible compétitivité aux niveaux des prix par rapport aux entreprises d’autres pays exportateurs, tels que l’Egypte et la Turquie. Pour renforcer le développement du secteur, le Maroc a fourni d’énormes efforts, notamment, dans la mise en place du Plan Maroc Vert, l’intégration du secteur dans la stratégie industrielle du pays et, enfin, l’engagement de mesures dans le cadre du Pacte national pour l’émergence industrielle. En parallèle, d’autres conditions conjoncturelles, comme la libéralisation du commerce international et les accords de libre échange avec certains pays partenaires, offrent de réelles opportunités aux produits marocains pour conquérir des marchés à grands potentiels (Américain, Arabe…).

Pour en savoir plus

www.onssa.gov.ma

www.ada.gov.ma


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